Archives des chroniques
Lutte contre la misère et l'exclusion, au jour le jour, octobre 2007
Notre tendresse et notre reconnaissance va à toutes les femmes et tous les hommes de part le monde qui donnent sans retenue de la dignité à chaque personne rencontrée:
...C’est pourtant là qu’un jour, pendant une famine épouvantable, quelques femmes ont pris le peu de mil qu’elles avaient. Les gens se sont mis en rang, sans bousculade, les uns derrière les autres, patiemment. Ce jour-là, il y a eu du mil pour tout le monde. Et le lendemain aussi. Et quand les pluies sont revenues, il y a même eu des restes pour les semailles. Avec la récolte suivante, les femmes ont ouvert les premières banques céréalières de solidarité dans le pays. Aujourd’hui, dans leur petit coin de terre, les femmes et les hommes ont retrouvé leur dignité parce que quelques-unes, un jour, ont cru que l’on pouvait, avec un peu de grain, nourrir une foule d’humains. Ces femmes ont des rires qui déferlent sur nous et que rien n’arrête, une certitude qui repose sur du vécu : la vieille histoire de Jean, c’est du solide. Des fois, il suffit de presque rien. Leur devise d’ailleurs l’affirme : smol iz bioutiful, cinq pains d’orge et deux poissons, ça transforme le désert d’une vie en de verts pâturages...
Nous voulons joindre notre voix à celle du prophète et crier avec lui contre l'exclusion:
...Quand vous jeûnez ainsi, votre prière ne m’atteint pas. Est-il ainsi le jeûne que j’aime, un jour où l’homme agit contre lui-même? Courber le dos et faire une tête d’enterrement? Tu appelles ça un jeûne? Un jour consacré à Dieu? Le voilà, le jeûne que j’aime : c’est libérer les femmes et les hommes injustement enchainés, c’est les délivrer des contraintes qui pèsent sur eux, c’est rendre la liberté à ceux qui sont opprimés, bref, c’est supprimer tout ce qui les tient esclaves...
Extraits de Dieu a perdu son miroir, Novalis, octobre 2007, V. Isenmann, M. Leiggener
Actions de grâces et de reconnaissance - Septembre 2007
Dans les praditions paysannes, l'automne est propice aux fêtes d'actions de grâce. De la bénichon fribourgeoise, début septembre, à la Fête des Récoltes alsaciennes fin octobre, en passant par l'Action de Grâces québécoise, les autels de nos lieux de culte se sont garnis des fruits de la terre. Selon les sensibilités, on peut y voir des survivances des sacrifices à la Terre Mère ou la gratitude au Créateur ou conjuguer toutes les formes de croyance pour un hymne de reconnaissance à la Vie. Malgré la morosité ambiante, les campagnes contre les moutons noirs, et les résultats d'élections en Suisse qui en disent long sur la peur ambiante, nous nous joignons à toutes celles et ceux qui disent leur joie profonde et leur reconnaissance pour la vie, les partages et les amitiés, et ce quelles que soient les difficultés extérieures et matérielles. Cette année, difficile entre toutes pour nombre d'entre nous, nous trouve particulièrement reconnaissants: Notre ami Paul-André Giguère, qui avait été accusé à tort et condamné, se voit blanchi et libre de toute accusation. C'est une immense joie. Nous rendons grâce pour ce jugement et pour la foi profonde qui l'a porté au cœur de l'angoisse et de la souffrance. Après neuf mois d'attente insupportable, il est appelé à renaitre à laliberté. Que cette nouvelle naissance lui apporte toute la joie de la résurrection.
Chronique de l'an neuf 2007
Noël a été faste cette année, riche de tous les tissages qui font nos vies.
De la première bougie de l'Avent à la dernière bougie de Hanoukka, de la petite crèche au pied du sapin illuminé au partage du mouton de la Grande Fête, ces jours de fête sont nourris par l'espérance qu'Il est au milieu de nous; les SMS et les courriels volent d'une amitié à l'autre. Espérance et partages plus forts que tous les messages de mort et de destruction.
Réveillons qui mêlent les goûts du Bouthan, de l'Inde, du Liban, d'Israël, du Maroc, du Québec, du Niger, d'Andorre, de France, de Navarre, d'Allemagne, de Suisse ... en une saveur unique d'amitié.
Pour l'An neuf, nos prières, non pas pour la Paix, mais pour toutes les mains qui se tiennent autour du monde. Quand j'étais enfant, nous jouions à un jeu, le siège de l'ange: il fallait tenir ensemble les mains de manière très solides pour qu'un ange puisse s'y asseoir et s'y promener.
Alors nos prières pour que toutes mains qui sont tendues à travers le monde se tiennent solidement ensemble et fassent un siège aux anges.
Que les mains de femmes et d'hommes, les mains d'enfants, les mains noires, blanches, jaunes, rouges, les mains croyantes et incroyantes, les mains juives, chrétiennes, musulmanes, les mains différentes qui parlent de leur foi autrement, toutes les mains de bonne volonté, toutes les mains que nous connaissons et toutes les mains que nous ignorons forment une toile assez solide pour faire un berceau au monde nouveau que le Tout Autre a promis.
Chronique de décembre 2006
Grand corps symbolique
Il y a deux semaines, à Buc, j'assitais aux diplômes de fin de formation des musicothérapeutes. L'un des candidats travaille avec des personnes polyhandicapées. Il anime avec elles des ateliers de musique dans une grance créativité. Il invente des solutions pour que, quels que soient les handicaps, chaque personne puisse ajouter sa note au concert du groupe. Le groupe, explique-t-il, est alors comme un corps symbolique dont les différents membres comblent de manière très concrète les déficiences des membres de chacun. Un grand corps symbolique qui console et supplée aux manques de chacun.
Parole incarnée d'espérance dans ce haut-lieu de la laïcité, qui rend concrète la poésie de Saint Paul dans sa première lettre aux habitants de Corinthe, au premier siècle de l'ère chrétienne:
En effet, prenons une comparaison : le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres ; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps : il en est de même du Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Le corps, en effet, ne se compose pas d’un seul membre, mais de plusieurs. Si le pied disait : « Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps », cesserait–il pour autant d’appartenir au corps ? Si l’oreille disait : « Comme je ne suis pas un oeil, je ne fais pas partie du corps », cesserait–elle pour autant d’appartenir au corps ? Si le corps entier était oeil, où serait l’ouïe ? Si tout était oreille, où serait l’odorat ? Mais Dieu a disposé dans le corps chacun des membres, selon sa volonté. Si l’ensemble était un seul membre, où serait le corps ? Il y a donc plusieurs membres, mais un seul corps. L’oeil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous. » Bien plus, même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. Moins ils sont décents, plus décemment nous les traitons : ceux qui sont décents n’ont pas besoin de ces égards. Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie. (TOB).
Faire naître par la conjugaison de toutes nos insuffisances des partitions quotidiennes animées par le souffle de vie, compositions plus fortes que tous les cris de souffrances, n'est-ce pas cela l'espérance de Noël?
Véronique Isenmann
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Chronique d'avril 2006
Cent mille roses pour les droits humains
Une action des oeuvres d'entraide Pain Pour le Prochain, Action de Carême, Etre Solidaire
Rien de plus facile, en cette fin de semaine, que de s'engager pour les droits humains: il suffit d'acheter une rose Max Havelaar au stand installé près de chez vous à l'occasion de la journée nationale d'action de Pain pour le prochain, Action de Carême et Etre partenaires.
Offrir une rose, c'est témoigner son amitié ou son amour à la personne de son choix. Les roses vendues aujourd'hui par des bénévoles dans nos villages et nos villes, devant les églises, les temples ou les centres commerciaux sont un symbole de notre solidarité. L'achat d'une rose vous permet de soutenir les partenaires des trois oeuvres d'entraide qui luttent pour la justice et le respect des droits humains.
Ces 100 000 roses sont fournies gratuitement par la Migros. Celle-ci entend, par ce don, exprimer son engagement en faveur de la promotion des droits humains. Le produit de la vente des 100 000 roses sera reversé, dans sa totalité, à l'Action de Carême, Pain pour le prochain et Etre partenaires pour soutenir leurs projets dans les pays en développement.
(extrait du Calendrier)
La Dame de sel Véronique Isenmann
Le monde d'aujourd'hui perd les repères de son passé et craint l'avenir. Dans un temps de souffrance et d'abandon, aujourd'hui comme aux temps de l'Exil, la capacité des rédacteurs des textes bibliques fait renaître goût et saveur…
Véronique Isenmann prend en ses mains les textes bibliques comme une quête de sens. Elle nous aide à rejoindre la trame humaine dite par des contes, des mythes multiformes.
La Dame de sel, le livre de Véronique Isenmann, nous introduit à des lectures plurielles pour les Ecritures.
Découvrir les symboles et les motifs partagés par d'autres textes fondateurs de l'humanité et présents dans l'inconscient collectif, poser la question du sacré, oser les nombreuses pistes de lecture que suggère le féminin, mettre en lien les contes, la psychologie et la Bible… n'est-ce pas nouer notre propre histoire à celle d'un humanité en quête de goût et de saveur…
" La Dame de sel, elle est là, au bord de la piste, elle ne peut plus avancer, mais elle est debout à donner goût et saveur… "
La Dame de sel (Véronique Isenmann) Editions NOVALIS disponible à la Librairie St Augustin Fribourg Suisse….
Un symposium aujourd'hui à Berne: tous différents, tous égaux
Berne 08 mars 2006
Tous les êtres humains ont droit à la vie, à la liberté et à la satisfaction de leurs be-soins essentiels. Quelle que soit leur race, leur couleur ou leur sexe. C'est ce que dit, en substance, la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Ces derniers temps, des droits particuliers ont toutefois été instaurés pour différents groupes de personnes: les enfants, les femmes, les peuples indigènes, les handicapés... Cela pour les reconnaître dans leur différence. En contradiction avec le principe d'égalité ? Les droits humains ne doivent-ils pas être reconnus à tous de la même manière, jeunes ou âgés, ri-ches ou pauvres, hommes ou femmes?
La réalité est autre: les femmes, les minorités nationales ou les enfants sont défavorisés d'une manière spécifique. Comme l'ont montré des enquêtes de l'ONU, les femmes reçoi-vent moins de formation, sont victimes de violences sexistes, travaillent dur, gagnent moins, sont discriminées dans de nombreux pays par le droit de la famille ou le droit successoral et continuent d'être politiquement sous représentées. Dans bien des régions, naître fille signi-fie avoir moins de chances de vivre. Une égalité des droits formelle ne suffit pas à instaurer une égalité des chances. Elle ne tient pas compte de la manière dont, dans la réalité, sont traitées les différentes caté-gories de personnes vulnérables, souvent d'ailleurs en proie à de multiples discriminations. Pour que leur situation s'améliore, la loi doit tenir compte de leurs besoins concrets. C'est pour cette raison qu'au cours des dernières années, des droits humains correspondant à la situation des peuples indigènes ou des minorités ethniques ont été formulés.
Que signifient de tels droits ? Affaiblissent-ils ou renforcent-ils l'idée de l'égalité entre tous ? Pourquoi sont-ils si contestés ? Quels rapports ont-ils avec les droits de la femme? C'est à de telles questions que devrait répondre le symposium organisé ce 8 mars à Berne par Pain pour le prochain et l'Action de Carême, à l'occasion de la journée internationale de la femme. (PP/ADC calendrier campagne 2006)
Chronique de décembre 2005
Lors de la Journée africaine sur le micro-crédit organisée par l'Association Afrika Simama à l'Université de Fribourg, M. Freddy Nkurikiyie, assistant doctorant HEC Université de Genève, a fait une contribution remarquable sur le thème "Leurre et lueur du microcrédit en Afrique. Limites du mircocrédit". Son analyse, à la fois critique et marquée par le souci de la dignité humaine, ouvre des champs de réflexion essentiels à tout organisme ou personne engagée dans le champ du microcrédit.
Merci à l'Association Afrika Simama pour la qualité de cette soirée.
Chronique d'octobre 2005
Renforcer la dignité humaine comme fondement de l'éthique chrétienne
Dr. Christoph Stückelberger
Directeur de l'Institut de Théologie et d'Éthique de la FEPS
La paroisse réformée de Fribourg offrait sous la conduite du service de diaconie le 10 octobre 2005 le deuxième volet de ses soirées autour du questionnement éthique. Je relève ici quelques pistes qui m'ont invitée pendant cette soirée remarquable. Et le petit nombre de personnes présentes n'a en rien entamé la portée de l'échange.
Quand avez-vous pleuré la dernière fois? Et pourquoi?
Quelle question incongrue et intime pour commencer la soirée! Et pourtant elle a donné le ton. Si M. Stückelberger a fondé notre réflexion bibliquement et éthiquement, il a affirmé d'emblée que la question de la est inscrite au cœur de notre humanité et qu'elle ne peut être séparée de la question de l'empathie, du ressentir avec.
Le matin même, une chaîne française diffusait un reportage bouleversant sur les terribles conditions de vie et de travail des ouvriers agricoles nord-africains dans les plantations espagnoles, celles-là même qui nous permettent de trouver sur nos étals tous les fruits et légumes bon marché que nous pouvons désirer, tout au long de l'année, et quel que soit le prix de la dignité.
Éthique, dignité humaine et Bible
L'éthique chrétienne se fonde sur les Écritures. Mais les Écritures parlent à la fois d'un Dieu juste et équitable, qui porte le même regard et la même exigence de justice sur tous les humains, et d'un Dieu qui se range au côté des plus faibles. Ainsi le texte biblique porte en lui une tension éthique.
La dignité humaine est fondée pour les chrétiens
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dans le rapport au Dieu Créateur: l'humain est créé à l'image de Dieu: Gen 1, 26-27, et cette dignité n'est pas perdu avec la sortie du Jardin: Psaume 8,6
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dans le rapport au Dieu Sauveur: Jésus apporte l'universalité, tous les hommes sont dignes d'être sauvés.
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dans le rapport au DIeu Esprit de Vie: chaque humain est potentiellement porteur de l'Esprit Saint.
Voir dans le visage de l'autre quelque chose du Tout Autre.
Donner, prendre, rendre, ôter la dignité
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La dignité ne peut de fait être réduite à une énumération de qualités. Et elle ne peut s'obtenir simplement avec du faire.
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La dignité est une composante inaliénable de l'être. Elle ne peut être donnée, ne peut être prise, même si elle est violée et même pour celles et ceux qui la violent. La violation de la dignité n'enlève pas la dignité.
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Il en va de la responsabilité des Églises de réveiller l'empathie pour la dignité des humains.
Ta dignité est la mienne. Quand je n'ai rien d'autre à t'offrir que de te reconnaître comme ma sœur, mon frère, enfantée comme moi à l'image de mon Dieu, digne comme moi d'être abreuvée à Sa source, et comme moi potentiellement foyer d'une inextinguible flamme d'espérance et de transformation pour le monde, quand je n'ai pas d'abord de l'argent à te donner, quand je ne peux pas d'abord "faire" pour toi, quand nous nous laissons transformer l'un et l'une par l'autre, alors nous donnons corps et chair à la dignité.
Véronique Isenmann